Lettre ouverte aux pêcheurs

Chers amis pêcheurs,

L’effondrement du débit de nos cours d’eau associé à l’augmentation des températures mettent en danger notre cheptel piscicole, en particulier sur le linéaire de la première catégorie.

Dès début juillet, nous avons constaté la disparition de la truite sur certaines portions de la Roselle. Les poissons ont-ils trouvé refuge plus en aval ou ont-ils succombé sous l’effet de la chaleur ? Il faut toujours rappeler qu’à partir de 19/20 °C la truite ne s’alimente plus, qu’à partir de 20/21°C elle ne se déplace plus, et qu’à partir de 22/23 °C elle meurt (Biologie des poissons d’eau douce européens de J. Bruslé et JP Quignard – 2001).

Dans ces conditions, il est légitime de poser la question de l’intérêt de la fermeture de la pêche en première catégorie.

En 2017, notre département a fermé la pêche au 15 août, et nous avons constaté que cette mesure trouvait très vite ses limites dans l’objectif poursuivi de protection de la truite.

Quelques constats méritent d’être rappelés :

–  les pêcheurs de truites fréquentent la première catégorie ;

–  les pêcheurs de première catégorie ne sont pas tous pêcheurs de truites ;

– tous les plans d’eau communaux sont en première catégorie (c’est totalement inadapté, mais c’est la loi en cours).

De nombreuses questions se posent à nous, et la première d’entre elles : doit-on pénaliser le pêcheur, alors que sa pratique n’est pour rien dans la raréfaction de la truite et de ses espèces accompagnatrices?

Une fermeture anticipée aurait pour conséquence de laisser croire que la survie de cette espèce emblématique dépend de la seule volonté et du comportement du pêcheur, alors que nous savons bien que les raisons de son déclin sont à rechercher dans les multiples agressions dont les milieux aquatiques sont victimes.

Nous payons aujourd’hui les conséquences de 30 ans de drainages, largement subventionnés, responsables de la disparition des zones humides dont la perte du rôle de réserve se fait cruellement sentir en termes de débit ; à cela s’ajoutent les effets du réchauffement climatique venant perturber la biologie des poissons sténothermes d’eau froide comme la truite, dont la température optimale pour un développement harmonieux se situe entre 7 et 17°C.

Une autre conséquence serait évidemment la désaffection des têtes de bassin, laissant ainsi la place aux braconniers. Le véritable pêcheur de truites les laisse d’autant plus tranquilles que la pêche n’est pas productive. Pourquoi se priver des informations fournies par le réseau « Sentinelles des cours d’eau » récemment mis en place par la FDAAPPMA87 et largement abondé par les pêcheurs ?

Dans ces conditions, votre fédération en appelle à la responsabilité de chacun et ne souhaite pas pénaliser les pêcheurs d’écrevisses et les amateurs de petite friture (goujons, vairons, spirlins …) espèces en plein développement. 

Les changements climatiques nous imposent des changements de pratique, et plus largement nous obligent à une réflexion sur la manière dont nous devons travailler sur les cours d’eau de première catégorie piscicole.

L’espèce truite est en grand danger, mais des contraintes halieutiques supplémentaires ne suffiront pas pour la préserver. Profitons de cette situation dont chacun a compris qu’elle n’était plus exceptionnelle mais dorénavant la règle, pour remettre à plat la gestion de Salmo trutta fario dans notre département.

Fermer la pêche aujourd’hui n’aurait de sens que si demain pouvait redevenir comme hier ; ce n’est malheureusement pas le cas. 

Amis pêcheurs, soyons responsables, combatifs, vigilants, et restons soudés face aux défis qui nous attendent. L’avenir reste toujours à construire. 

Paul DUCHEZ, Président de la FDAAPPMA87